DOSSIER

24 octobre 2012

The King of New York : mon royaume pour un gun !


En DVD et Blu-ray : Abel Ferrara n’a plus la cote. Les échecs commerciaux s’enchaînent depuis plus de 10 ans, certains de ses derniers films, comme Mary, se noient dans des salmigondis religieux. Et c’est tout juste s’ils sont distribués correctement. Heureusement, Go-Go Tales et, espérons, 4h44 Last day on earth, semblent inverser la tendance.

Et pourtant, il fut l’un des rois du cinéma américain des années 1990 – Bad Lieutnant, of course, mais aussi Snake Eyes avec Madonna, le remake de Body Sntachers, ou le sublime Nos Funérailles. Décennie entamée justement par The King of New York, que ressort dans une somptueuse copie Carlotta. Sorti dans une indifférence polie en plein été 1990, ce film de Ferrara avait juste été perçu comme un polar de plus, nourri de gunfights et de références à John Woo – c’est dire l’aveuglement des modes et de certains journalistes cinéma.


Tout sauf un polar de plus

Bien évidemment, The King of New York, c’est tout sauf un polar de plus, biberonné aux références HK. A l’instar de l’association Scorsese-Schrader, c’est l’un des points d’orgue de l’association du cinéaste avec le scénariste Nick Saint-John (10 films au compteur à deux). Certes, la violence y est bien là, mais hard-boiled, poussée à froid, jusqu’à saturation. Et épuisement.

Autre point qui donne sa singularité au film : sa dimension shakespearienne. Entre la cour des miracles et les lambris du Plazza hotel, les truands blacks, latinos et chinois, et sa clique d’avocats clinquants, Franck White assure le lien entre tous ces mondes. Roi errant sans royaume, lui-même mafieux en quête de respectabilité, il incarne la Grosse Pomme à lui tout seul, à l’instar de ce plan sublime où le reflet nocturne des gratte-ciels vint s’incruster dans son visage. Occasion pour Ferrarra de poursuivre son interrogation sur le bien et le mal, ses frontières et ses limites.

L’ombre de Shakespeare et de Nosferatu

Ce qui rend d’ailleurs le film extrêmement profond et émouvant, c’est la conscience qu’a le personnage incarné de manière marmoréenne par un impérial Christopher Walken de sa propre perte. Jack White est non seulement un roi sans royaume, mais il est quasiment déjà-mort. Visage blafard, traits cernés, ne vivant que la nuit, il est un fantôme, le Nosferatu des mafieux, Nosferatu que Ferrarra cite explicitement à travers une scène de son King. Indice supplémentaire : sa Limousine – décidément, LE véhicule séminal de cette année (cf Cosmopolis de Cronenberg et Holy Motors de Carax) – prend des allures mortifères de monument funéraire mobile….

Tableau d’un monde et d’un homme à l’agonie

Enfin, il faudrait citer tout le soin apporté par le réalisateur, pas souvent coutumier du fait, à la lumière, aux décors. Dans une esthétique dominée par les tonalités bleutées et blanchâtres, il livre là le tableau crépusculaire d’une ville, comme son héros, à l’agonie. Esthétique expressionniste qui n’est pas sans évoquer celle d’un Tim Burton ou d’un Christopher Nolan. Œuvre majeure d’un cinéaste transcendé par son sujet et son acteur, The King of New-York s’impose 15 ans après sa sortie comme un monument du cinéma américain des années 90. Et qui permet également de retrouver à leurs débuts, ou presque, David Caruso, Wesley Snipes, Lawrence Fishburne, Giancarlo Esposito ou Steve Buscemi. Et l’excellent Victor Argo, acteur fétiche de Ferrara, vu aussi dans The Yards de James Gray, et GhostDog de Jim Jarmusch.

Travis Bickle


Aucun commentaire:

Translate this blog