DOSSIER

15 février 2013

Les Garçons de la bande : desperate housemen !

En DVD et Blu-ray : Les immenses succès de French Connection (1971) et de L'Exorciste (1973) ont trop souvent éclipsé le reste de la filmographie de leur réalisateur, William Friedkin. Pourtant, The Sorcerer (1978), remake hustonien du Salaire de la Peur, ou Police fédérale Los Angeles (1985), polar néo-Mannien, entre autres, constituent des oeuvres aussi marquantes que ses 2 blockbusters, sinon plus.


Edité par Carlotta en DVD & B-r, Les Garçons de la bande nous permet de revisiter la partie de sa filmo la moins connue, celle d'avant French Connection. Et de constater à quel point il porte la marque de son réalisateur, même si cela ne saute pas aux yeux au premier abord.

Plus difficile à tourner que French Connection !

Tiré d'une pièce de Mart Crowley à succès qui a fait les beaux jours du Broadway off de la fin des années 60, interprété au cinéma par les comédiens qui ont créé leur rôles sur scène, ces Garçons de la bande dressent le portrait, le temps d'une soirée d'anniversaire, de 8 amis homosexuels – sauf 1 ? - réunis dans un loft new-yorkais. On retrouve là le goût de Friedkin pour un matériau théâtral – ne pas oublier qu'il a mis en scène Pinter au théâtre, que ses derniers films Bug et Killer Joe sont tirés de pièces de théâtre du même auteur, Tracy Letts. Et plus largement, son goût pour le huis clos - auquel on peut facilement rattacher L'Exorciste, sorte de film d'horreur en chambre ! Donc, sur un matériau dont on peut penser que s'en serait régalé un Altman – cf toutes ses adaptations théâtrales des années 80 – Friedkin s'en sort haut la main, même s'il reconnaît que cela lui a été plus difficile à réaliser que la course-poursuite de French Connection !

La patte documentaire de Friedkin

Autre point qui frappe aux yeux : le style de Friedkin, qui s'épanouit ici à merveille. Outre le sens du découpage et du montage qui permet au cinéaste d'installer  un climax progressif – auquel contribue une lumière d'abord très claire, puis s'assombrissant au fur et à mesure que la nuit s'abat, sensation redoublée par la moiteur languide d'un temps lourd et orageux – Friedkin, issu de l'école documentaire de Chicago, introduit son film avec sa patte, si reconnaissable. En quelques minutes, les 8 personnages sont brossés dans leur quotidien – occasion de découvrir New York in situ, ses rues, son brouhaha, ses différences sociales. Imparable !

La beauté du diable

Enfin, thématiquement, en filigrane, on y retrouve son grand dada : la propagation du mal, la fascination pour la beauté du diable. Derrière la figure charismatique d'Harold, dont on fête l'anniversaire et qui tarde à arriver, se tapit un être cynique, désinvolte, une sorte d'ange du mal, celui par qui le scandale va arriver... A l'instar de Matthew McConaughey, son entrée est d'ailleurs filmée exactement comme celle de Killer Joe : fétichisé, érotisé, gros plan sur les chaussures, insert sur une partie du corps, gros plan sur un visage, dans la pénombre.

Préfiguration des sitcoms

Bref, un film passionnant pour tous les fans de Friedkin – qu'il convient de revisiter à la lumière son autre grand fthriller Cruising, ne serait-ce que pour observer l'évolution de son regard sur le milieu gay new-yorkais de la fin des années 70 – mais aussi pour tous les fans de cinéma américain. Car au-delà son aspect sociologique – oeuvre pionnière qui n'a pas d'égal en son temps, si ce n'est l'underground new-yorkais et la trilogie Warhol-Morissey – par sa mise en scène, son dispositif et la richesse de ses personnages – même si parfois caricaturaux ou datés -, il préfigure et condense les sit-coms actuelles, de Friends à Desperate Housewives, en passant par Mad Men. Et ça, on le doit autant à l'auteur de la pièce – Mart Crowley – qu'à son réalisateur, William Friedkin.

A noter : de passionnants bonus que l'on doit à Laurent Bouzereau. Outre une interview de Friedkin, on y retrouve les témoignages de certains des comédiens, de l'auteur de la pièce, ainsi que des propos du dramaturge et scénariste Tony Kushner qui permet de remettre dans le contexte l'importance capitale des Garçons de la bande dans la représentation de l'homosexualité masculine au cinéma.

Travis Brickle

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