mercredi 31 mai 2017

La castagne selon Paul Newman

En DVD et Blu-ray : Elephant Films a la riche idée d'éditer en vidéo deux longs-métrages dans lesquels Paul Newman incarne un sportif de haut niveau. J'ai nommé La Castagne (Slap Shot, 1977) de George Roy Hill et Virages (Winning, 1969) de James Goldstone.




La Castagne : un film plus qu'hockey

Dans La Castagne, Newman interprète Reggie Dunlop, un entraîneur-joueur de hockey des Chiefs, une équipe de ligue mineure. Laquelle équipe est à l'image de Charlestown, la ville industrielle qui l'abrite : très mal en point. La fermeture prochaine de l'usine locale va mettre 10.000 personnes au chômage. Autant de fans qui n'auront plus d'argent pour voir leur équipe se faire battre. Il faut donc trouver un repreneur et pour cela, les Chiefs doivent produire du spectacle. Aidé de trois nouvelles recrues casse-cou, Reggie décide de tout miser sur les bagarres qui émaillent régulièrement les matches. 


J'avais découvert La Castagne au mitan des années 80 lors d'une razzia au vidéoclub. Et j'en avais gardé un bon souvenir. Cette redécouverte (car j'avais oublié pas mal de séquences) a suscité le même plaisir. George Roy Hill (Butch Cassidy et le Kid, L'Arnaque, Le Monde selon Garp) signe une comédie enlevée sur fond de drame social : elle est attachante, cette équipe de losers sympathiques, qui errent de bars miteux en patinoires sordides, la crise économique agrippée à leurs patins... C'est presque une comédie à l'italienne ! Pas d'apitoiement. Chaque personnage existe en dehors du protagoniste principal. Et on parle de Paul Newman, un putain d'acteur qui bouffe la caméra ! Dire qu'il est bon est un pléonasme. Son personnage de gentil arnaqueur annonce celui de La Couleur de l'argent. Quel plaisir de voir la star porter des costards moulants en cuir et des chemises avec col pelle à tarte bien ouvertes sur la moquette ! Pour autant, Paul "Z'yeux bleus" ne la joue pas facile et refuse la caricature. Il donne corps à Reggie Dunlop, physiquement à plat mais l'œil brillant. Surtout, il lui donne une âme.

Aux côtés de Newman, une pelletée de seconds rôles, vus ici ou là, tels Michael Ontkean (Twin Peaks) et Lindsay Crouse (Engrenages, Desperate Hours). Il y a aussi quelques acteurs québécois aux délicieux jurons en V.O. et les frangins Hanson, trois grands gamins brutaux - des vrais hockeyeurs de minor league devenus des vedettes grâce au film. Une galerie de personnages qui existent donc plutôt que d'être de simples faire-valoir du grand Paul. Ce qui contribue grandement à la réussite du film. Tout comme les matches de hockey que George Roy Hill filme avec dynamisme : sa caméra file sur la glace au ras du sol et nous plonge au cœur de l'action. Et ça cogne ! Le titre français n'est pas volé. Les bagarres sont violentes mais surtout drôles. Enfin, pour couronner le tout, la B.O. est ponctuée de tubes de l'époque : Sorry seems to be the hardest word d'Elton John et surtout Right back where we started from de Maxine Nightingale.

Belle édition d'Elephant Films, qui propose une version restaurée en haute définition (rien à voir avec la bande-annonce ci-dessus), avec la VF, la VOST et la calisse de version québécoise ! Parmi les bonus, des interviews de journalistes (sportif et de cinéma), qui reviennent sur le film et son impact. Devenu culte, La Castagne a donné lieu à deux suites (sans Paul Newman) sorties directement en vidéo. On en restera donc à l'original.

Virages : diesel en surchauffe

Paul Newman était un passionné de courses automobiles. Il a participé à de nombreux grands prix, aux 24 heures du Mans en 1979 et a même été le pilote le plus âgé à avoir gagné les 24 heures de Daytona en 1995. Il avait alors 70 ans ! Bref, si le tiercé était le dada d'Omar Sharif, la course auto était le vroum vroum de Paul Newman. C'est donc avec un plaisir évident qu'il a interprété Frank Capua, un pilote professionnel dans Virages. D'autant que sa partenaire à l'écran était son épouse à la ville, Joanne Woodward.

Capua est un compétiteur, entièrement tourné vers son sport. C'est alors qu'il rencontre Elora. Coup de foudre. Mariage. Il adopte même son grand fils. Mais voilà, Frank ne vit que pour les courses automobiles. Il en néglige sa femme, qui le quitte pour son adversaire sur les circuits, Luther Lou Erding (Robert Wagner).


Newman est toujours aussi hypnotisant. Il campe une sorte d'asocial, qui vit par et pour les bolides qu'il conduit. Les échanges avec Woodward sont forts car on sait ce qui unit les deux acteurs. La séquence de leur rencontre est pleine de drôlerie et de tendresse. Mais leurs problèmes de couple tournent progressivement à vide et laissent le spectateur sur le bord de la route. Pas assez de passion finalement pour susciter notre intérêt. La vraie intensité, on la retrouve lors des courses : James Goldstone mélange des images réelles de grands prix avec des scènes tournées pour l'occasion. La réalisation et le montage apportent de la nervosité et font monter la pression. Pas assez à mon goût dans l'ensemble, même si le film est loin d'être raté. Mais je pense qu'il plaira aux vrais fans de courses auto. Là encore, la version restaurée est superbe et les bonus pleins de bonnes infos. Beau boulot d'Elephant Films sur ces deux titres.

Anderton
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